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Le blog  de la CGT d'Aéroports de Paris

Aérien : « Trois dossiers prioritaires » attendent le ministère des transports

23 Juin 2017, 08:24am

Publié par Le Monde 22/06/2017

Le Monde 22/06/2017

Les opportunités offertes par le Brexit sur le marché européen, les difficultés d’Air France et l’insuffisance de la R&D dans la filière aéronautique seront les premiers défis à relever, estime le consultant Olivier Jouis, dans une tribune au « Monde ».

Traditionnellement lieu d’annonces de grands contrats, le Salon du Bourget marquera cette année la fin de la période de grâce du nouveau ministre des transports. Celui-ci devra rapidement se mettre au travail pour affronter les turbulences annoncées dans le secteur aéronautique. Trois dossiers sont prioritaires : le Brexit, le futur format d’Air France et le soutien à la filière industrielle.

En se prononçant pour la sortie de l’Europe, les Britanniques n’avaient pas, semble-t-il, anticipé que leur vote allait fragiliser leurs compagnies aériennes. Pour easyJet, cette nouvelle donne signifie en effet la remise en cause de son « business model », car le droit au cabotage entre pays européens, au cœur de sa stratégie, lui sera désormais interdit.

Un puissant levier

Pour pouvoir continuer à opérer au sein du marché unique, easyJet devra recomposer significativement son capital afin d’avoir le droit de voler dans un pays de l’Union. Pour IAG, qui détient simultanément British Airways et des compagnies communautaires, Aer Lingus et Iberia, le casse-tête pourrait conduire au démantèlement pur et simple de la holding.

Ainsi, alors même que les négociations du Brexit viennent de commencer, les Européens disposent d’emblée, avec le transport aérien, d’un puissant levier. Pour maximiser ses effets, le cas échéant, dans une négociation plus globale, le ministère devra documenter précisément le coût du Brexit pour le secteur aérien anglais.

Si l’absence d’accord conduit à la marginalisation des transporteurs britanniques, la nature ayant horreur du vide, des opportunités apparaîtront inévitablement dans la recomposition qui se profile. Vigie sur un poste avancé, le ministère pourra aider les entreprises françaises, Air France au premier chef, à se repositionner rapidement sur les nouveaux territoires stratégiques à identifier.

Air France encerclée

Malgré plusieurs restructurations douloureuses réalisées dans un environnement social très contraint, Air France n’a retrouvé ni la compétitivité nécessaire ni de marge de manœuvre. Comparée à Lufthansa et à British Airways, elle dégage péniblement une trop modeste rentabilité, malgré l’effet d’aubaine de la baisse des prix du carburant depuis deux ans, phénomène conjoncturel et exogène qui masque l’insuffisance des efforts réalisés.

Commercialement, Air France se trouve encerclée, avec, d’un côté, la forte pression sur le moyen-courrier exercée par les low-cost européennes (Wizz Air à l’Est, Vueling au Sud, Ryanair et easyJet sur le sol français), et, de l’autre, la concurrence frontale des compagnies du Golfe sur ses vaches à lait en Asie et en Afrique. Sur ce front, le défi est majeur et l’issue peut être fatale. Les Big Three du Golfe (Etihad, Emirates et Qatar Airways) changent les règles du jeu avec, entre autres atouts, des avions neufs et économes. Il est difficile pour Air France de jouer à armes égales, car son endettement trop élevé lui interdit de moderniser sa flotte.

Sur l’autre front, social, les efforts de productivité demandés au personnel ont été considérables, mais ils apparaissent encore insuffisants et mal répartis pour être pérennes. Le salut ne viendra pas de l’Etat actionnaire, comme ce fut le cas en 1993, car il est désormais minoritaire et les réglementations européennes lui interdisent toute recapitalisation.

En revanche, l’Etat a un rôle à jouer en tant que régulateur fiscal et social, en exigeant l’établissement et le respect d’une concurrence équitable tant au niveau européen que bilatéral. Pour le ministre, la question à trancher est tout simplement celle de l’avenir de la compagnie : doit-on se résoudre à la voir se marginaliser, comme Alitalia, ou peut-on créer les conditions de son retour dans la cour des grands, peut-être à la faveur du Brexit ?

Airbus très exposé

Enfin, en amont, chez les industriels de la filière, de nouveaux concurrents sont en embuscade et les tensions dans les pays du Golfe, où Airbus est très exposé, sont autant de nuages annonciateurs de turbulences. En Chine, le premier vol réussi du C919 le positionne en alternative crédible au duopole A320-B737. Fort de 450 commandes engrangées auprès des compagnies aériennes de l’empire du Milieu, le monocouloir chinois fait ses débuts commerciaux sous de bons auspices.

Certes, les industriels européens et américains ont été fortement associés pour concevoir et équiper le nouvel appareil, mais les Chinois, qui maîtrisent bien la courbe d’apprentissage, préparent déjà le coup d’après avec un gros-porteur, cette fois 100 % made in China.

Tout comme Air France, encore à la recherche du point d’inflexion qui lui permettra de renouer avec la croissance, la filière aéronautique française doit dès maintenant se projeter dans l’après. Ce n’est pas le moment de baisser la garde. Pourtant, l’Etat a prévu de diminuer sa contribution à la recherche et développement du secteur, qui doit passer de 150 millions d’euros en 2012 à moins de 40 millions en 2018, alors que, sur la même période, l’Allemagne l’augmentera de 100 à 200 millions.

Ce désengagement fragilisera en priorité les ETI et les PME françaises de la filière et produira ses effets pernicieux précisément au moment où les produits concurrents arriveront sur le marché.

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