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Le blog  de la CGT d'Aéroports de Paris

L'aérien craint l'obscurité du Brexit

18 Avril 2017, 11:52am

Publié par L’Echo – 14/04/2017

Les investissements dans l’aérien étant souvent décidés à long terme, les dirigeants du secteur souhaiteraient de la part des négociateurs du Brexit des accords au plus tôt. Tout en prévoyant le pire…

 

Le secteur du transport aérien souhaite que les négociateurs du Brexit, des deux côtés de la Manche, mettent l’aviation en tête de leurs priorités. C’est ce qui ressort de déclarations d’acteurs de l’industrie, mais il est probable que le lobby d’autres grandes entreprises s’active dans le même sens.

Expliquant que passagers, compagnies et aéroports ont besoin de clarté, Olivier Jankovec, directeur générale d’ACI Europe (Airport Council International), a déclaré dernièrement à Londres que "les négociations du Brexit commenceront par les modalités de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, avant d’entamer le volet des nouvelles relations entre le pays et les 27 d’ici à 2019".

"Dès lors, s’est-il plaint, le secteur de l’aviation sera dans l’obscurité absolue pendant plusieurs mois quant au sort qui lui sera réservé. Faute d’éclaircie, cette situation se traduira par un frein au développement des routes aériennes."

 

Connexions ralenties

L’ACI Europe considère que tout ralentissement des connexions entre aéroports a un impact significatif sur les économies des pays. L’ouverture de nouvelles lignes ne se prend jamais à la légère et toujours sur la base d’études de marché. Mais ici, les prévisions sont malaisées, puisqu’on ne sait pas ce que la réglementation aérienne entre le Royaume-Uni et les 27 nous réserve. Et dans le doute, on s’abstient, c’est bien connu. Enfin, dernière inquiétude: qu’il n’y ait pas du tout d’accord qui soit signé d’ici à fin mars 2019 et que la cassure soit nette et brutale, avec un retour aux barrières du passé.

"Nous demandons donc que soient mises sur pied des mesures qui puissent être appliquées immédiatement en cas de non-accord avant la date buttoir", insiste le patron des aéroports européens. Une éventualité qui n’est pas inimaginable, comme nous le disait il y a peu le patron d’une compagnie africaine, avec une lueur dans l’œil: "Imaginez qu’au dernier moment, le Parlement wallon ne soit pas d’accord avec le plan global!"

 

Inquiétudes britanniques

Quelle que soit l’issue des négociations et même si l’opinion généralement admise est que "moins on change ce qui existe, mieux ça vaut pour tout le monde", il est probable que Bruxelles n’acceptera pas que l’aérien britannique profite de la libéralisation du ciel comme aujourd’hui, ne fût-ce que pour ne pas donner d’arguments aux adversaires de l’Europe.

 

Dans cet ordre d’idée, tout montre que les Britanniques sont plus vulnérables que leurs voisins du continent. Et même d’Irlande, quoique ce pays soit le plus dépendant des 27 du trafic avec le Royaume-Uni: 39,7% des passagers voyagent entre l’Irlande et le Royaume-Uni. Sur le podium, on trouve aussi, assez étonnamment, la Slovaquie (33,2%) et puis Chypre (31,3%).

À l’autre bout de l’échelle, nous sommes les moins dépendants du trafic trans-Manche (liaison Eurostar oblige, probablement), suivis par la Finlande (5,7%) et l’Allemagne (6,1%). L’ACI a établi que plus d’un passager sur deux (53,5%) qui a transité par les aéroports britanniques a volé vers un des autres pays de l’Union. En sens inverse, la moyenne n’est plus que de 11,5%.

En prélude aux négociations officielles, les principales compagnies européennes ont été reçues au rond-point Schuman pour faire le point de la situation. Il a été rappelé que des parts significatives d’actionnariats de pays hors-UE pouvaient poser problème à terme. Revendre des actions à des investisseurs des 27 pourrait être une solution pour préserver des droits de trafic en Europe. Mais à l’inverse, comment réagirait Londres, alors?

Les accords aériens qui lient le Royaume-Uni à l’Europe portent sur 35 points majeurs, sans compter les liens avec l’agence de sécurité (Easa) et la Cour de Justice de Luxembourg. Tout à coup, deux ans pour tout bouleverser, ça fait très court.

 

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