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Le blog  de la CGT d'Aéroports de Paris

Air Caraïbes cherche "slots" à Orly pour sa spectaculaire croissance

16 Décembre 2016, 09:07am

Publié par La Tribune du 16/12/2016

 

Avec l'arrivée l'an prochain de deux A350-900, la compagnie spécialisée dans les liaisons avec les Caraïbes va augmenter son offre en sièges de 50%. Avec un troisième A350 qui arrivera en juillet, destiné à French Blue (la compagnie sœur d'Air Caraïbes au sein du groupe Dubreuil), les capacités augmenteront même de 75%. Problème, il n'y a pas de créneaux de décollages et d'atterrissages disponibles aujourd'hui à Orly.

Énorme hausse de capacités pour Air Caraïbes en 2017. En croissance continue ces dernières années, la compagnie antillaise va fortement appuyer sur le champignon avec l'arrivée dans la flotte des premiers Airbus A350 commandés fin 2012. La compagnie aérienne du groupe Dubreuil recevra au premier trimestre 2017 deux Airbus A350-900 (en février pour le premier, en mars pour le deuxième), avec un peu de retard à cause des difficultés d'Airbus à monter en cadence, qui l'ont contraint à affréter un A330 à Air Transat pour passer le pic de fin d'année. Air Caraïbes sera donc la première compagnie française à exploiter le nouveau biréacteur d'Airbus. Air France doit en effet recevoir ses premiers A350 en 2019.

 

Une flotte de 10 gros-porteurs l'an prochain

Avec ces deux gros-porteurs de 389 sièges, la compagnie va augmenter son offre en sièges de 50% en 2017 ! Si l'on tient compte d'un troisième A350-900 qui entrera en juillet dans la flotte de la low-cost long-courrier French Blue, qui appartient également au groupe Dubreuil, ce dernier augmentera son offre en sièges de 75% ! Au final, Air Caraïbes exploitera l'an prochain sept gros-porteurs (cinq A330-300 et deux A350-900) et disposera également d'un A330-200 en réserve qui va être loué, tandis que French Blue exploitera deux appareils, un A330 et un A350, qui permettront d'assurer un vol quotidien entre Paris et La Réunion dans chaque sens. Au total, le groupe Dubreuil comptera donc l'an prochain 10 gros-porteurs, contre 6 aujourd'hui.

Demande d'une augmentation de la masse au décollage de l'A330

Ce n'est pas fini. French Blue recevra en 2018 un deuxième A350, qui devrait remplacer l'A330 entre Paris et La Réunion, lequel serait positionné sur l'Île Maurice, si les droits de trafic lui étaient accordés. Ensuite, entre 2020 et 2022, le groupe recevra trois A350-1000. Y-aura-t-il d'autres commandes d'ici là ? En attendant, la direction pousse Airbus à augmenter la masse au décollage de l'A330, en la faisant passer de 242 à 245 tonnes. « Ce qui permettrait d'emporter une quinzaine de passagers ou une palette de fret supplémentaires », a indiqué Marc Rochet, le président du directoire d'Air Caraïbes et président de French Blue. Chez Airbus, on dit réfléchit à cette demande qui pourrait profiter à d'autres transporteurs. Mais, l'avionneur ne se lancera pas un tel projet si le coût est trop important, comme pourrait l'être par exemple un renforcement du train d'atterrissage.

La hausse de capacité prévue en 2017 permettra à Air Caraïbes d'augmenter de 20% son offre vers la Guyane, de densifier la desserte des Antilles, de la République dominicaine et de Haïti tout en assurant la desserte de Paris-La Havane, ouverte le 9 décembre dernier. De quoi augmenter les parts de marché de la compagnie sur ces marchés. Sur les Antilles, la compagnie détient 33-34% de parts de marché et table sur un ou deux points supplémentaires, selon Marc Rochet. Sur la Réunion, un axe qui compte déjà quatre opérateurs, French Blue vise, quant à elle « 20% du marché ».

 

Pas assez de créneaux à Orly

Seul bémol, et il est de taille. Installées à Orly, ls deux compagnies du groupe Dubreuil n'ont pas aujourd'hui suffisamment de créneaux horaires de décollage et d'atterrissage à l'aéroport d'Orly pour assurer tout le programme associé à ces trois A350. Pour rappel, l'aéroport du sud parisien est plafonné à 250 000 mouvements annuels et les créneaux sont distribués au compte-gouttes quand des pools de créneaux se forment. Ces derniers sont plutôt rares. Un pool de créneaux peut se constituer si une compagnie en libère, ou qu'une ligne dite d'obligation de service public (OSP) est arrêtée ou si une compagnie disparaît. Aujourd'hui tous les "slots" sont distribués. Et quand bien même un pool de créneaux devait se constituer d'ici à la prochaine saison été, pas sûr qu'il soit jugé opportun par Cohor, l'autorité en charge des créneaux, de les distribuer avant les travaux d'une piste d'Orly qui pourrait entraîner un abattement d'un certain nombre de vols.
Pour Air Caraïbes et French Blue il n'y a pas pléthore de solutions. Les deux compagnies utilisent aujourd'hui tout leur portefeuille de créneaux. Si le groupe Dubreuil veut conserver toute son activité à Orly et éviter de devoir installer une partie de ses vols à Roissy (une solution peu optimale et coûteuse), il doit trouver avec un transporteur présent à Orly qui accepterait de signer un accord de partage de codes. Une telle opération permettrait aux compagnies du Groupe Dubreuil d'exploiter ses avions en utilisant les créneaux de ce partenaire. Encore faut-il trouver un une compagnie qui y trouverait son compte. Surtout, le groupe Dubreuil n'est pas le seul en chasse. Selon nos informations, Vueling cherche aussi.

 

Très bonne année financière

En attendant, Air Caraïbes peut une nouvelle fois se targuer d'avoir réalisé une très bonne année financière.
«L'année 2016 sera marquée par de très bons résultats», explique Marc Rochet.
La compagnie va donc aligner son 11ème résultat positif en 12 ans, malgré une baisse de chiffre d'affaires en 2016 en raison de la baisse des prix du billet, liée à la baisse du prix du carburant. Celle-ci n'a pas été compensée par la hausse du nombre de passagers de 9%. Pour rappel, en 2015, Air Caraïbes avait enregistré une année record avec un quasi doublement de son bénéfice d'exploitation (41,9 millions) et de son bénéfice net (19,4 millions d'euros).

 

Renégociation des accords avec les navigants

Pour maintenir une croissance rentable, la direction a pris plusieurs mesures pour baisser ses coûts, alors qu'Air Caraïbes affiche déjà la structure de coûts la plus basse de toutes les compagnies françaises... après French Blue. La direction a renégocié ses accords avec son personnel navigant, à la fois pilotes et hôtesses et stewards. Le nombre d'heures de vol par an a été augmenté d'une cinquantaine d'heures supplémentaires, autour de 770-780 heures, tandis que la grille salariale ou les conditions de passage du poste de copilote à celui de commandant de bord ont été revues. Au final, « la baisse de coûts est significative », explique Marc Rochet.

Dans le même temps, l'accord sur l'intéressement qui avait permis l'an dernier aux 850 salariés du groupe de se partager 7 millions d'euros a été reconduit pour trois ans.

25% d'écart de coûts entre une low-cost long-courrier et une legacy

Au-delà des coûts du personnel, la direction continue de revoir tous les postes de coûts. Notamment en matière de maintenance où la création d'une coentreprise, IGO, par Air France Industries, Sabena Technics et le groupe Dubreuil, lui permettra de baisser ses coûts d'entretien. Air Caraïbes qui doit afficher selon son président des coûts unitaires 15% moins élevés que ceux d'Air France va donc devenir encore plus compétitive. Les coûts de French sont quant à eux 25% inférieurs à ceux d'une compagnie traditionnelle. De quoi se préparer à l'arrivée éventuelle de Norwegian entre Paris et les Antilles.

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